Pourquoi il faut oublier les interactions avec les animaux sauvages ?

L’Afrique du Sud se développe sa fréquentation touristique avec une relative harmonie… Ce pays a ceci de particulier qu’avant d’intéresser les voyageurs du monde entier, l’Afrique du Sud était initialement une destination de rêve pour… les sud africains eux-mêmes. Puis au fil des années, le tourisme aidant, l’ouverture du pays aussi, les voyageurs internationaux se sont rués vers ce pays fabuleux. Jusqu’alors, l’Afrique du Sud avait conçu (et cela depuis la fin du 19ème siècle) un ensemble de parcs nationaux et de réserves privées qui permettaient aux « locaux » de vivre une expérience de brousse « à la sud africaine » : vivre confortablement dans la nature aussi vierge et sauvage soit elle.

Mais les voyageurs internationaux (et certains locaux assez rares) ont exprimé le besoin ou plutôt l’envie d’aller au plus prés des animaux sauvages : caresser les lions, tenir des lionceaux dans les bras, s’approcher des éléphants et même monter dessus, voir et marcher à côté des guépards, entre autres expériences. Tout cela a donné naissance à des structures dont la démarche économique était parfois décorée d’aspects éthiques (étude scientifique, recueil des orphelins…). La réalité est différente et peu à peu, on en sait plus sur les conséquences de ces propositions… ces excursions en fait.

Les éléphants et notamment les balades à dos d’éléphant sont peu à peu abandonnées dans la plupart des endroits où elle était pratiquée ; à l’Elephant Camp aux Chutes Victoria, à Abu Camp au Botswana en passant par le Camp Jobulani en Afrique du Sud ont ainsi renoncé; et cela subsiste encore à Elephant Whisper prés de Haziview aux portes du parc Kruger dont les français sont friands. Poussés par une clientèle anglo-saxonne, plus sensible et informée sur ces points, les lodges ont abandonnés ces expériences mais se retrouvent aujourd’hui avec des animaux dont ils ne savent plus quoi faire. La chose positive, c’est que la domestication d’animaux sauvages à des fins commerciales prendra ainsi fin. Le point négatif, c’est que les animaux restant devront être soit sacrifiés, soit d’autres formes d’interaction devront être imaginées.

Pour les lions ou les guépards, des expériences d’interaction (c’est-à-dire de rencontres et d’approches) qui existent, rencontrent un grand succès auprès de la clientèle asiatique notamment. En effet qui ne rêve pas de permettre à ses enfants de caresser un bébé lion ou de marcher dans les pas d’un magnifique guépard, de croiser leur regard et de les approcher en toute sécurité? Le problème, notamment pour les lions, c’est que ces animaux qui auront été au contact d’humains, ne pourront plus jamais être rendus à la vie sauvage. Pour un instant furtif (multiplié à l’infini pour tous les touristes), ces animaux sont privés de leur destin. Devenus grands et restant de gros mangeurs, ces animaux coûtent chers et ils ne peuvent plus être utilisés. Certains, chanceux (et rares) iront dans des zoos. D’autres (la plupart) termineront leur carrière dans des réserves de chasse… leur passé proche des hommes, leur permettra de ne pas fuir à l’approche des chasseurs qui pourront ainsi les abattre plus facilement. Un lion que l’on aura caressé petit, aura donc, tout au long de sa vie rapporté beaucoup d’argent et cela jusqu’à sa mort.

Si l’on raconte ce destin tragique aux enfants, le rêve et la magie de l’expérience n’y survivront pas ; il faut le savoir et de nombreux articles ou reportages ont éclairé tout cela encore récemment. J’ai moi-même décidé, il y a quelques mois, de me faire mon opinion au Lion Park de Johannesburg. Même si je ne doute pas de la bonne foi de ceux qui s’occupent de ces structures, je les ai sentis, gênés et surtout sans réponse quand il s’est agi de parler du destin des petits lions. Pour les guépards, cet animal fragile est souvent recueilli orphelin. Les interactions commencent invariablement par une petite histoire bien triste et souvent vraie. Mais plutôt que de travailler à leur éducation et à leur retour à la vie sauvage (ce qui est coûteux et surtout ne rapporte rien), l’interaction (très lucrative – une marche avec un guépard est facturée autour de 50$ par personne pour des groupes allant jusqu’à 10 personnes) devient vite une évidence économique.

Mon conseil du jour sera donc d’envisager un voyage en Afrique du Sud, dans les grandes réserves. Faire confiance à la chance pour prendre les plus belles photos de ces stars de la vie sauvage en danger… accepter la loi du safari qui est que rien n’est écrit ni prévu. Accepter la magie de la rencontre et apprendre l’art de la patience… et ne pas supporter la proximité qui sera le triste signe d’une fin de leur espèce et finalement, à travers eux, un peu de la nôtre.

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