La xénophobie où on ne l’attend pas…

Le président Zuma a exposé récemment que les violences xénophobes étaient l’héritage de l’apartheid… si l’apartheid et le passé violent de l’Afrique du Sud sont en effet responsables de ces violences inouïes qui frappent encore les étrangers noirs, tout n’est pas aussi simple et j’oserais dire simpliste.

En 1994, Nelson Mandela est élu président de l’Afrique du Sud. Cela met fin à des décennies d’un régime infâme et violent. Ce régime a notamment enfermé les populations noires dans des ghettos (les fameux townships) qui sont devenus des zones de non droit où la violence régnait… entre noirs car délaissé par le pouvoir. N’oublions jamais que les premières victimes de l’insécurité en Afrique du Sud sont les noirs. Ces townships ont donc un héritage de violence qui demeure encore aujourd’hui. En 1994, le pouvoir revient à l’ANC, longtemps dans la clandestinité. Les pays voisins et principalement le Zimbabwe et le Mozambique furent des bases arrières des combattants et opposants politiques liés à l’ANC, leur refuge. Une fois au pouvoir, il était évidemment exclus de fermer les frontières ou simplement de les contrôler outre mesure. Je me souviens d’un passage de frontière vers le Zimbabwe qui était si facile à effectuer.

Puis entre la fin des années 90 et le début des années 2000, la situation du Zimbabwe et du Mozambique s’est détériorée. On a longtemps été surpris de la relative bienveillance de Mandela vis-à-vis de Mugabe (le président zimbabwéen encore en exercice aujourd’hui) alors que son pays était plongé dans le chaos, avec une dévalorisation totale du dollar zimbabwéen au point qu’aujourd’hui seul le dollar US demeure dans ce pays. Ajoutez à cela, l’extrême pauvreté, quelques épidémies de choléra et l’on comprend pourquoi l’Afrique du Sud, alors en pleine croissance, apparaissait alors comme la terre promise. Ne pouvant par fidélité au passé, ni condamner le régime en place, ni fermer (ce qui est impossible) ou simplement contrôler les frontières, ces années furent celles d’une immigration massive en Afrique du Sud ; une population parfois plus formée, car la fin de l’apartheid n’a pas effacé la faible niveau de l’éducation des noirs durant ce régime ; il fallait donc construire une démocratie et un pays moderne avec une énorme majorité de gens non éduquée et longtemps livrés à eux-mêmes. Par ailleurs, les étrangers étaient considérés comme plus dociles du point de vue des entrepreneurs blancs, prenant vite la place de nombreux sud africains dans des postes subalternes.

Nous en sommes donc aujourd’hui à un taux de chômage de 25% en Afrique du Sud et une population immigrée africaine qui travaille (souvent dans des conditions misérables et sans protection sociale). Les nationalistes sud africains noirs attisent le feu de la xénophobie oubliant à dessein que la situation actuelle est le résultat d’une immaturité politique des dirigeants noirs et aussi de leur fidélité vis-à-vis des pays voisins. Longtemps, par pure démagogie, l’immigration blanche qualifiée fut (et est encore et plus que jamais) largement freinée pour détourner le regard de l’opinion.

Il est donc difficile avec certitude de déterminer qui a tort ou raison, à chacun de se faire son opinion. Mais la prise de position du président sud africain montre à quel point on se voile la face et cela n’est pas forcément de bon augure pour l’avenir. L’Afrique du Sud fait encore figure d’eldorado pour les pays africains qui connaissent des difficultés. Mais l’Afrique du Sud connaît une très faible croissance depuis quelques années, la machine de la croissance est en panne et les tensions sociales sont fortes dans les mines, les usines et autres secteurs qui ont vécu de nombreuses grèves parfois violemment réprimées.

La meilleure arme de l’Afrique du Sud sera (et a toujours été) de soutenir économiquement ses voisins pour leur permettre de connaître une croissance qui mettrait fin à cette immigration économique massive ; mais l’Afrique du Sud ne peut pas tout faire seule, surtout quand des pays tels que le Zimbabwe agissent mal et se coupent ainsi des capitaux étrangers. Mais il est fort à parier que comme en Europe, les seules solutions qui en résultent soit le repli sur soi et au pire, comme aujourd’hui, la xénophobie.

Vu d’Europe, ces attaques xénophobes sont inouïes, honteuses au regard de l’histoire de l’Afrique du Sud, indignes de son histoire, de ses luttes et aussi de sa détermination à ne plus faire de discrimination. Vu d’Afrique du Sud, c’est aussi inacceptable… mais on doit voir les choses avec pragmatisme, envisager les solutions sans démagogie ni simplisme… l’Afrique du Sud doit être irréprochable… et en ce moment, elle est loin de l’être. Espérons que l’avenir permettra à l’Afrique du Sud de trouver les meilleures solutions pour résoudre ce problème… et espérons que comme ailleurs, l’Afrique ne sera pas livrée à elle-même. Si l’Afrique peut résoudre de nombreux problèmes par elle-même, elle aura toujours besoin du soutien des autres pays du monde…

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