L’Afrique du Sud… après l’apartheid

Personne n’a oublié l’apartheid; et les sud africains, quelque soit leur couleur s’en souviennent aussi. Mais l’Afrique du Sud est un pays jeune. Près de la moitié de la population, aujourd’hui n’a pas connu ce régime, trop jeunes et résolument tournés vers l’avenir.

Avec nos regards déformés et notre culture de l’histoire typique de l’européen moyen, le voyageur européen et particulièrement français part souvent en Afrique du Sud recherchant les signes d’un héritage de l’apartheid encore visible ou simplement perceptible. Ainsi, un regard, une façon d’être, quelques mots deviennent pour eux le fruit de cet héritage. Les sud africains comme souvent les pays dits neufs, ont cette vertu ou ce défaut de n’apporter que peu d’importance au passé. Non pas qu’il soit inutile d’y réfléchir mais plutôt inutile d’y dépenser de l’énergie.

La réalité est bien différente et peut être moins aisée à comprendre car plus subtile, me semble t’il. Les sud africains blancs ont été éduqués, élevés avec une éducation largement contrôlée par le régime. Eduqués avec le sentiment d’être l’élite, ces sud africains parfois ont fait le deuil de cette suprématie pour un regard plus lucide et « moderne » sur leur pays ; parfois, ils subissent la discrimination positive et au même titre que dans les pays post communistes ou post nazis, ils regrettent des temps meilleurs… pour eux. Il existe aussi les irréductibles et les extrémistes mais quel pays aujourd’hui peut se dire protégé des extrêmes. Je pense qu’il ne faut pas regarder les blancs sud africains avec le regard accusateur du juge étranger. Qu’aurions nous fait, nous, si on nous avait dit depuis tout petit que nous étions les meilleurs, les élus et que les « autres » étaient l’inverse de nous. Il est difficile de juger le passé, de juger les gens sans avoir vécu leur vie. On peut juste tenter de comprendre, sans excuser, mais comprendre sans juger.

Pour la population non blanche, il est difficile de tirer des généralités (pour les blancs aussi d’ailleurs) ; mais avoir des certitudes dans ce domaine est dangereux. Les communautés sont bien éclatées et une catégorie de la population noire a atteint l’élite économique après avoir atteint l’élite politique. Ainsi, dans les grandes villes et principalement à Johannesburg, un peu moins au Cap, on a la possibilité de vivre de vrais moments « arc en ciel ».

Mais peu à peu l’Afrique du Sud apprend à se souvenir et se souvient de mieux en mieux et en paix avec elle-même. Le musée de l’apartheid, situé aux portes de Soweto est l’endroit qu’il ne faut surtout pas oublier pour tout voyageur en Afrique du Sud. Moderne, visuel, accessible et très intelligemment conçu pour tout public, ce musée est un chef d’œuvre et aussi la garantie d’en ressortir différent que lorsque l’on y est entré. Mais même s’il est facile d’accès, je déconseille fortement de la visiter sans guide. Un guide vous apportera l’éclairage nécessaire, l’ordre de visite et le focus sur des points importants. Sans cette aide, on prend énormément d’information sans qu’elles soient ordonnées et l’on en ressort indemne, ce qui est dommage.

L’autre lieu indispensable bien que moins dense est Robben Island au Cap. On y va plus pour avoir un regard sur le parcours de Mandela et de ses codétenus, on se rend compte des conditions de détention, du racisme et aussi finalement de la grandeur de celui qui en est sorti. Un autre lieu, moins connu, est Constitution Hill situé aux portes de la City. Ce musée est situé dans l’ancienne prison de la ville, la même prison qui abrita Mandela et quelques années auparavant, Gandhi. Aujourd’hui, juste à côté, décoré par un mur des anciennes briques de la prison, se trouve la cour constitutionnelle… des symboles très forts.

Je pense que quand on voyage en Afrique du Sud, il faut se protéger des préjugés et se faire un jugement le plus personnel possible. La bêtise n’a pas de couleur, tout comme la beauté. Alors, oui, il reste bien des aspects dans ce pays qui proviennent de ces années d’apartheid, il ne s’agit pas de le nier. La route est longue et parsemée d’embûches. Mais regardons ce qu’il se fait de bien, regardons un pays qui avance et qui avance vite, laissons les sceptiques de côté, déplissons les yeux et regardons avec l’enthousiasme qu’elle mérite, cette nation fascinante qui s’offre à vous.

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