Oscar Pistorius, une histoire sud africaine

Quelle affaire ! Et loin de moi, l’idée de faire un énième article sur cette affaire hyper médiatique qui résonne bien au-delà de l’Afrique du Sud. On la compare évidemment à celle d’O.J Simpson et on se régale de cette gloire déchue pour un homme qui malgré son handicap et la confidentialité de son sport a réussi à se faire connaître dans le monde entier. Loin de moi, l’idée de rebondir, apporter ma version, le condamner ou l’innocenter par avance alors que son procès occupe tous les journaux en Afrique du Sud et ailleurs.

Ce qui m’intéresse ici, c’est en quoi cette histoire est typiquement sud africaine ; cette histoire ou en tout cas ce qui en ressort. Tout d’abord, c’est un blanc, riche et qui a connu le succès. Voici qui fait passé au second plan son handicap pourtant majeur car on le sait bien, surtout vu d’Europe (et de France en particulier) la réussite n’est jamais une grande vertu, plutôt un fardeau pour lequel on doit s’excuser. Voici donc ce jeune homme, célébré dans le monde entier et dans son pays encore plus pour ses performances sportives.

Mais sa belle villa, comme ces nombreuses villas protégées de hauts murs et surmontées d’un panneau visant à repousser les opportunistes aurait bien pu être la cible de cambrioleurs, la thèse est même celle de la défense ; il n’est pas rare au Gauteng que ce genre d’histoire se produise ; il eut été logique que la réalité soit ainsi. Mais visiblement non ! La sublime épouse d’Oscar semble avoir subi la violence de son compagnon. Une très belle femme, aux cheveux blonds comme les blés, une vie digne des plus beaux feuilletons américains ou de ce soap sud africain (Egoli), même si ses protagonistes ne sont pas forcément blonds.

Le héro est donc devenu un coupable, sa réussite est devenue une plaie et son destin semble être entre les mains de quelques journaux. Doit-on le plaindre ? Pas simple ! Plaindre un coupable d’atrocités est risqué, mais accabler un homme pour ce qu’il a et ce qu’il est devenu l’est tout autant. Alors comme un bon normand (que je ne suis pas) mais surtout avec toute l’empathie que le mauvais sort implique, disons qu’on lui laisse le bénéfice du doute.

Mais c’est une vie de roman et les romans, tout le monde adore… surtout quand ils sont inspirés par la vie réelle. Et qu’ils viennent résonner avec la vie réelle des gens. Des indices coûteux (montres, bijoux) disparus sans doute pris par des policiers corrompus lâchés au cœur de ce palais blanc. De nombreux témoins s’expriment en afrikaans et ont donc besoin d’un traducteur. Ils parlent l’anglais, mais ils parlent afrikaans, obligeant l’utilisation de traducteurs, parfois peu talentueux, qui déforment les propos des témoins.

Alors Oscar est peut être coupable ou peut être pas. Mais les problèmes de langues (11 langues officielles, c’est sympa et surtout cela avait du sens mais n’est-ce pas un peu trop pour un seul pays), les préjugés contre les personnes qui ont réussi (blanc ou noir d’ailleurs), cette fascination de l’homme pour le glauque du destin humain, la secrète joie intérieure collective de voir une gloire déchue, rendant toute sa noblesse à la médiocrité. L’Affaire Oscar Pistorius est, à bien des égards, le révélateur de quelques maux de la société sud africaine, mais quelle société n’en a pas. Et ces maux (que nous partageons tous) sont aussi le signe du changement des temps ; l’Afrique du Sud est comme tout le monde, comme le monde entier et parfois on peut le regretter.

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